[ROMAN] 78

Publié le par Rahma

[ROMAN] 78
TITRE : 78

Auteur : Sébastien RONGIER

Éditeur : FAYARD 2015

ISBN : 978-2-213-68706-03, 15€

Genre : roman contemporain

Thème : des vies françaises dans les années 70

Lectorat : adolescents, adultes

Commentaire :

À première vue, le damier rétro, les chiffres, la silhouette d’homme se découpant en ombre chinoise, cela évoquerait presque un polar des années soixante-dix – impression confortée par le titre très simple et efficace : 78. Moins flagrante, la silhouette d’un jeune garçon se remarque par la suite et ne fait qu’ajouter à l’atmosphère énigmatique qui plane sur cette première de couverture. Le lecteur n’a qu’une envie : se lancer corps et âme dans l’aventure – la lecture – et percer le mystère.


D’après le pitch, il s’agirait, au travers des destins croisés de quelques personnages, d’une restitution de la France des années 78, réalisée à partir d’un poste d’observation particulier : une brasserie - à l’évocation de laquelle, les couleurs de l’illustration prennent, par ailleurs, tout leur sens.
Dès le début, le ton est donné. L’auteur pose le décor - brasserie enfumée, bières et juke-box.
Des destins se croisent, sans vraiment s’entremêler, laissant poindre une trame à la Anna GAVALDA (Ensemble, c’est tout, La Consolante) - moins édulcorée, toutefois – mettant en scène de pauvres âmes malmenées par l’existence…
La majeure partie de « l’action » se déroule en huis clos et l’attente d’un garçonnet guettant la porte d’entrée ne fait qu’ajouter à l’atmosphère pesante - sans être oppressante - du roman.


Malgré quelques fautes de syntaxe, descriptions maladroites et autres répétitions incongrues, l’écriture de Sébastien RONGIER est réellement agréable à lire ; enrichie, qui plus est, par un vocabulaire dont l’étendue reste assez vaste.
Le lecteur ne peut se départir du sentiment que certaines phrases n’ont été pensées que pour des considérations esthétiques. Si cette esthétique s’avère réelle, un effet « Exercices de style » (Raymond QUENEAU) en découle, au rendu peu naturel - qui n’en est cependant pas déplaisant en soi et ne ternit en rien l’éclat de plusieurs passages magnifiquement écrits, d’une beauté et d’une authenticité saisissantes.


L’auteur nimbe les faits, au moyen de passages rédigés en italique, d’une aura fantasmagorique, peut-être un peu trop abstraite et dérangeante par moments, mais permettant d’établir un parallèle intéressant entre la réalité telle que la vit l’enfant et ce que ce dernier en fait dans son esprit lorsqu’il se déconnecte du monde…
Au premier tiers du roman, une coupure s’opère et le fantastique rejoint enfin la réalité. Le passage en italique prend forme, prend corps et tout devient clair : l’enfant, dans la brasserie, attend et pleure.
Il est presque regrettable que lesdits passages en italique aient perduré après cette rencontre de la chimère et de la réalité.


L’écrivain parvient à instaurer une atmosphère de suspense et imprimer un certain rythme en multipliant les phrases très courtes et parfois sans verbes. Néanmoins, le dosage n’est pas toujours maîtrisé et le résultat en est tout-de-même paradoxalement lent.
La construction du roman apparaît légèrement décousue, avec des passages soudains d’une tranche de vie à l’autre, des sauts erratiques dans la chronologie, des repères géographiques trop subtils (une fois hors du cocon de la brasserie) et l’emploi quasi indifférencié des seconde et troisième personnes du singulier pour désigner l’enfant, ce qui se révèle assez difficile à suivre pour le lecteur.
Pour autant, l’écriture revêt un aspect cinématographique fort plaisant, les descriptions excellemment menées imposant à l’esprit de captivantes visualisations…
Il convient de réserver une mention spéciale pour le passage, dans les dernières pages, sur la carte des souvenirs : un concentré d’images et d’émotions, des réminiscences d’enfance que l’on ne peut que vivre, avec le personnage, à travers cette carte si adroitement dessinée…


En bref : un livre que je suis drôlement heureuse d’avoir découvert et un auteur à suivre...

Si j'avais dû donner un titre à ce livre : Menthe à l'eau



NB : Ce livre m’a été offert à l’occasion de ma participation à l’événement Les explorateurs de la rentrée littéraire organisé par le site lecteurs.com.

La consigne était d’en faire un bref commentaire une fois arrivée à la page 50, puis de rendre un avis plus poussé à la fin de ma lecture.

Afin de partager cette expérience, vous pouvez vous référer à mon article Rahma, exploratrice littéraire.

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