[ROMAN] LE RENVERSEMENT DES PÔLES

Publié le par Rahma

[ROMAN] LE RENVERSEMENT DES PÔLES
TITRE : LE RENVERSEMENT DES PÔLES

Auteur : Nathalie CÔTE

Éditeur : Flammarion 2015

ISBN : 978-2-0813-7054-8, 16€

Genre : roman contemporain

Thème : vacances et bris de la routine

Lectorat : adolescents et adultes

Commentaire :

À première vue, la couverture, très dépouillée, n’apprend rien de spécial, mentionnant simplement le titre et l’auteure – titre évoquant un changement radical, un bouleversement...

En quatrième de couverture, nous apprenons qu’il s’agit du récit croisé des vacances de deux couples en bord de mer, par lequel l’écrivain « se fait entomologiste de la classe moyenne et pavillonnaire ».

Le verso du bandeau informe que Nathalie CÔTE est également compositeur. Cela laisse entendre qu’une certaine musicalité se dégagera du roman.

Dès le début du texte, le lecteur reçoit un aperçu de ce qui s’avérera être la trame du récit, à savoir : des familles qui se délitent au rythme des activités proposées sur la côte d’azur, lieu de villégiature par excellence du français moyen en métropole…

Par des alternances de descriptions très Nothombiennes (dans le style des descriptions d’Amélie NOTHOMB), neutres et analytiques, et de scènes criantes de réalisme, l’auteure nous livre une fine analyse de la société de consommation.

Sans être extrêmement argentés, les estivants se trouvent financièrement largement à l’abri du besoin. Leurs existences répondent aux critères communément admis de la réussite sociale et du bonheur. Néanmoins, leur frustration est palpable et les entraîne dans une cascade d’actions éperdues censées leur permettre d’échapper à une routine qui leur pèse…

Bien que manquant d’originalité, l’utilisation de métaphores météorologiques pour transcrire les comportements humains est une idée brillante et d’une efficacité manifeste.

Quelques fautes de frappe et de conjugaison font parfois leur apparition, sans toutefois que cela ne porte préjudice aux phrases merveilleusement tournées et aux délicieuses expressions de Nathalie CÔTE.

Dans les livres au titre mystérieux, il y a toujours un passage consacré à l’explication dudit titre. Ce passage intervient ici à la trente-sixième page et laisse planer une interrogation : ces vacances constitueront-elles, pour les couples, une parenthèse de folie et de liberté qui sera finalement refermée à la fin du séjour, ou, au contraire, seront-elles le point de départ d’un grand et total bouleversement ?

Petit à petit, le lecteur prend connaissance des espoirs plus ou moins déçus des différents protagonistes et découvre de façon vivide la violence destructrice des regrets.

Loin de se révéler aussi léger qu’il pourrait le paraître au premier abord, cet ouvrage traite, sans en avoir l’air, de plusieurs questions profondes inhérentes à la nature humaine. L’écrivain souligne certains des pires travers de l’individu lambda, sans jamais verser dans le mélodrame et dresse, en filigrane, une esquisse de la résilience humaine – en montrant, notamment, l’aptitude qu’ont les enfants à se concentrer obstinément sur une chose insignifiante pour se protéger des orages alors que leur monde s’écroule…

Le leitmotiv du récit étant la quête du changement radical, il est intéressant de constater que l’auteure se réfère aux sept péchés capitaux pour exprimer l’évasion à laquelle aspirent les personnages, soit :

La paresse spirituelle, incarnée par l’ennui que promène Virginie à longueur de journée ;

L’orgueil, aveuglé par lequel Arnaud ne pense qu’à critiquer son rival au lieu de se demander ce qui a pu pousser sa femme à le tromper ;

La gourmandise à laquelle cède Vincent en engloutissant ses gâteaux au chocolat ;

La luxure à laquelle s’abandonne Claire avec Simon ;

L’avarice, ou plutôt ici l’appât du gain, présent chez Vincent sous la forme d’une addiction aux spéculations en ligne ;

La colère de Claire lorsqu’elle exprime enfin à Arnaud ce qu’elle lui reproche ;

L’envie, représentée par l’obsession de Virginie pour le nouveau modèle de voiture.

Dans ce roman se ressent avec force l’esprit du haïku : ce petit poème d’origine japonaise qui s’attache à dire sans détours ni fioritures l’ici et maintenant dans toute sa trivialité. Nathalie CÔTE décortique, en effet, les instants de vie de chacun de ces deux binômes avec une perspicacité aiguë et une spectaculaire honnêteté d’écriture.

De plus, l’auteure utilise, même pour la narration, le langage parlé, ce qui rapproche efficacement le lecteur des personnages et de l’action.

De manière générale, l’extrême fluidité de l’écriture rend la lecture remarquablement aisée et agréable.

En bref : un véritable festin littéraire à consommer sans modération…

Si j'avais dû donner un titre à ce livre : Échappées

NB : Ce livre m’a été offert à l’occasion de ma participation à l’événement Les explorateurs de la rentrée littéraire organisé par le site lecteurs.com.

La consigne était d’en faire un bref commentaire une fois arrivée à la page 50, puis de rendre un avis plus poussé à la fin de ma lecture.

Afin de partager cette expérience, vous pouvez vous référer à mon article Rahma, exploratrice littéraire.

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