[ROMAN] [HAÏKU] NEIGE

Publié le par Rahma

[ROMAN] [HAÏKU] NEIGE

TITRE : NEIGE
Auteur : Maxence FERMINE
Illustrations : Georges LEMOINE
Éditeur : ARLÉA 2011
ISBN : 9782869599253, 12€
Genre : haïbun = récit en prose ponctué de haïkus
Thème : l'amitié, ses travers, ses excès.
Lectorat : adultes

Dans le Japon du XIXe siècle, Yuko, jeune poète, traverse la montagne afin de devenir l’apprenti d’un grand maître de haïku…

Sous ses dehors minimalistes, ce haïbun (récit mêlant prose et haïku) se révèle être une réelle introduction au haïku, avec la pureté comme fil conducteur.
En totale harmonie avec l’observation bienveillante de la nature si chère aux japonais, l’auteur compose ici une véritable ode à la neige.

Beaucoup d’idées très "japonisantes" présentes dans le livre laissent à penser que Maxence FERMINE aurait passé de longues périodes en immersion au Japon à étudier les mœurs (actuelles et d’époque) et la culture des japonais. Il semble difficile de démêler ce qui serait issu de la culture traditionnelle japonaise de ce qui serait issu de l’esprit de l‘auteur :
1) La colère de Yuko lorsque son père laisse un étranger lire ses poèmes sans le lui demander au préalable.
Le jeune poète fait ici preuve d’une grande patience en souhaitant attendre d’être prêt pour faire lire ses textes : un Graal pour tout auteur !
2) La finesse du père présentant le refus de Yuko comme une marque de déférence, arguant que son fils se juge indigne de l’honneur qui lui est fait.
3) Le petit aspect moralisateur lorsque le héros apprend à ne pas juger d’après les apparences.
« Ne te fie pas aux apparences. Cela ne sert à rien qu’à se perdre. »
4) La pudeur toute japonaise avec laquelle sont évoqués les aléas de la vie relationnelle (parents/enfants, couple, famille) :
-> L’auteur se livre à une réflexion profonde sur le choix d’un métier avec la confrontation entre les espérances des parents, leur peur que les enfants ne fassent le « mauvais choix », se dirigent vers un métier qui ne leur permettra pas de vivre et les aspirations des intéressés.
-> L’évocation, en quelques lignes, du frêle équilibre de la vie de couple et de famille faisant face aux passions dévorantes.
5) Le culte de l’équilibre, lorsque le maître explique à Yuko les enseignements à tirer de l’art du funambule. En effet, s’il est une notion d’importance primordiale, tant dans le haïku que dans la poésie en général, dans l’écriture, dans tout art et dans la vie elle-même, c’est bien l’équilibre.
« Écrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté (…)» (p97)
« Écrire, c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. » (p97)

D’une écriture toute en contrastes, c’est, finalement, une espèce de haïku en prose qui s’offre à la lecture - épuré, minimaliste, toujours vrai et authentique.
Notons, par exemple, l’opposition entre la blancheur du sein et de la neige et la rougeur du sexe et du piment, ou encore celle du gel et de la brûlure du saké.
Maxence FERMINE se montre capable d’exprimer une beauté pure et limpide (la ramure de cristal du cerisier) et une crudité terriblement factuelle (le pénis ressemblant à un vieil artichaut et la vulve à une striure violette) dans la même phrase.
C’est ainsi tout l’esprit du haïku qui se trouve condensé, notamment, dans l’un des plus courts chapitres du livre, le treizième, en à peine cinq lignes.
La longueur des chapitres est d’ailleurs progressivement diminuée, dans la dernière partie du livre, pour clore le récit de la seule manière logique - une évidence : en haïku.


Un récit d’une blancheur éclatante, irradiante, aveuglante, sublimé par les illustrations de Georges LEMOINE, de la pureté et la simplicité des paysages japonais.

Citations :

« Un poème, c’est une eau qui s’écoule. » (p15)
« Ne rien enjoliver. (…) Regarder et écrire. En peu de mots. » (p16)
« Il est temps de se retirer du monde pour mieux s’en étonner. » (p16)
« Ce fut une année immobile et parfumée. » (p32)
« C’était cela, un haïku. Quelque chose de limpide. De spontané. De familier. Et d’une subtile ou prosaïque beauté. » (p35)
« (…) l’amour est bien le plus difficile des arts. Et écrire, danser, composer, peindre, c’est la même chose qu’aimer. C’est du funambulisme. Le plus difficile, c’est d’avancer sans tomber. » (p62)


La petite histoire :

Ayant emprunté ce livre à la bibliothèque, j’ai bien évidemment dû le rendre. Toutefois, j’en ai tellement apprécié la lecture que je suis allée l’acheter en librairie où j’ai eu l’incroyable et inestimable chance de rencontrer une libraire grande admiratrice de Maxence FERMINE - et en particulier de Neige. Celle-ci, qui avait rencontré et interviewé l’auteur, m’a appris que ce dernier n’avait jamais été au Japon, qu’il disposait d’un cabanon situé au fond de son jardin dans lequel il s’enfermait plusieurs mois durant avec des ouvrages de références sur le pays dans lequel il souhaitait placer son récit avant d’entamer la rédaction …
Vous pouvez retrouver les chroniques de Sandrine sur son blog L’instant livre ; notamment celle sur Neige.

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